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Un grand nombre des textes écrits jusqua'à présent au sujet des plans du Premier ministre Martin pour changer le mode de fonctionnement d'Ottawa font surtout valoir son intention de donner davantage de pouvoirs aux députés, un peu comme si cela était une fin en soi.Mais en fait, le Premier ministre a dit très clairement que le fait de donner plus de pouvoirs aux parlementaires n'était qu'un des moyens d'atteindre un objectif plus important, faire intervenir les Canadiens dans le processus politique.
"La population ne s'intéressera au Parlement que dans la mesure où le Parlement est l'endroit où se prennent les véritables décisions. Je crois que remettre plus de responsabilités dans les mains des députés encouragera davantage la population à participer à l'élaboration de la législation par l'entremise de mécanismes aussi traditionnels que des assemblées publiques et d'autres aussi nouveaux que des consultations virtuelles sur le Web. Notre ambition nationale est de retrouver un Canada où la population choisit d'être fondamentalement engagée"
À en croire le Premier ministre (et bien d'autres aussi), le système actuel contraint les députés à choisir entre le devoir qu'il a de servir ses commettants et Al'insistance sur une loyautéet une discipline stricte qui émane du >centre', soit du premier ministre et du Cabinet, d'autre part. Les députés de l'opposition sont déchirés de façon similaire. [...L]es systèmes de commande et de contrôle de l'autorité centrale à Ottawa@ ont pour résultat que l'opinion des citoyens et des collectivités est reléguée au second plan. L'affaiblissement du lien entre le peuple et le parlement a fait que le citoyen se désintéresse du parlement et du gouvernement fédéral où, pour lui, ses intérêts ne peuvent plus être défendus. Le citoyen en arrive ainsi à considérer que son gouvernement provincial est le seul vecteur possible pour faire valoir les préoccupations régionales et locales. Et à ce moment, l'opposition entre le palier fédéral et le palier provincial devient le principal mode d'expression de la diversité régionale qui caractérise le pays.
L'analyse que le Premier ministre fait de l'adéquation entre la réforme parlementaire, la participation du citoyen et les relations fédérales-provinciales est l'élément indispensable qui permet de comprendre comment le nouveau gouvernement conçoit le renouveau démocratique à Ottawa. Même si la réforme revient à donner plus de pouvoirs aux députés et aux comités parlementaires, son but premier consiste à réintéresser les Canadiens à la conduite des affaires publiques à Ottawa. Par conséquent, la réussite de la réforme ne sera pas jugée à l'aune de l'influence accrue donnée aux députés, ni au fait que le parlement sera devenu un nouveau centre de pouvoir dans la capitale. Si c'est cela le seul résultat de la réforme, celle-ci aura été un échec: la partie aura été ouverte à un plus grand nombre de joueurs, certes, mais la nature du jeu n'aura guère changé à Ottawa.
Il faudra plutôt juger du niveau de réussite de la réforme en se demandant si le parlement est bel et bien devenu une institution qui interpelle vraiment les citoyens et où ceux-ci peuvent influencer l'exécutif et lui demander des comptes. Le moindre détail de la réforme à venir, depuis les votes jusqu'au travail des comités, devra être envisagé en fonction de cet objectif.